Le protestantisme en Béarn

Le protestantisme en Béarn


Les origines de la Réforme en Béarn

Le Béarn, de par sa position à l'intersection d'un axe nord-sud suivi par les pèlerins de Compostelle et de la voie commerciale est-ouest entre Toulouse et Bayonne, a été très tôt en contact avec les idées évangéliques.
En 1527, le souverain Henri II d'Albret épouse Marguerite d'Angoulême qui accueille dans sa cour de Nérac les pré-réformateurs Lefèvre-d'Étaples et Gérard Roussel. Calvin lui-même y trouve refuge pendant quelques semaines. Toutefois, malgré sa sympathie pour les idées nouvelles, la reine reste fidèle à l'Église catholique. L'Évangélisme progresse auprès des nobles, des élites judiciaires et administratives, de certains ordres religieux et des commerçants
Jeanne d'Albret qui accède au pouvoir en 1555 donne au mouvement une reconnaissance officielle lorsque, le jour de Noël 1560, elle franchit le pas en prenant la cène sous les deux espèces.

Un État protestant

Dans un premier temps les deux formes de culte coexistent sous un régime de simultaneum qui engendre vite des tensions. En 1569, l'invasion du Béarn par les troupes françaises donne à la reine l'occasion d'imposer la Réforme. Les ordonnances ecclésiastiques de 1571 établissent un État calviniste qui forme à l'académie protestante d'Orthez - transformée en université par Henri IV en 1583 – des pasteurs et des administrateurs de qualité. L'identité de la nouvelle Église est confortée par l'introduction de la langue locale dans la vie religieuse. En 1583, le pasteur Arnaud de Salette traduit en béarnais le psautier de Genève. Il l'accompagne de la liturgie et d'une version béarnaise du catéchisme de Calvin. Jusqu'à l'union du Béarn à la France imposée par Louis XIII en 1620, le Béarn est une principauté calviniste qui échappe aux violents affrontements qui ravagent le royaume de France.

Clandestinité

Après l'annexion, le pouvoir royal multiplie les poursuites, restreint le nombre de temples et confie aux dragons la tâche de réduire les récalcitrants. Les conversions collectives qui en découlent, après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, masquent une résistance clandestine qui prend des formes diverses : maintien du culte domestique, assemblées au « désert ». De nombreux souvenirs de cette époque sont présentés au musée Jeanne d'Albret, à Orthez, qui présente l'histoire du protestantisme béarnais.

Reconnaissance

L'édit de tolérance de 1787 et surtout la déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui accordent la liberté de conscience et de culte sont accueillis avec enthousiasme. Les protestants orthéziens élèvent un temple qui est dédicacé le 25 novembre 1790. C'est le premier temple bâti en France depuis la révocation de l'édit de Nantes.
L'Église béarnaise sort de la clandestinité très affaiblie. Privée de pasteurs pendant un siècle, sa théologie est restée figée. La pratique religieuse se réduit à un formalisme strict et à une prédication moralisante. Les communautés sont gérées par une bourgeoisie imprégnée des idées des philosophes du XVIIIe siècle et attirée par la franc-maçonnerie. Elle se satisfait des articles organiques accordés par Napoléon Bonaparte en 1802. Ils l'installent officiellement dans la nation et font de ses pasteurs des fonctionnaires. La consistoriale d'Orthez - avec Louis Victor GABRIAC comme seul pasteur – regroupe les protestants du Béarn et des environs.

Le Réveil

C'est alors qu'un renouveau doctrinal et spirituel, dénommé « le Réveil », vient troubler le confort dans lequel les protestants se sont installés. Il réaffirme les grandes vérités que la Réforme du XVIe siècle avait mises en avant. Il insiste en particulier sur la nécessité d'une foi personnelle. Deux communautés naissent à Pau et à Orthez. Celle de Pau rejoint en 1850 l'Union des Églises évangéliques de France qui a été fondée l'année précédente . Le groupe de la région d'Orthez conserve jalousement son indépendance sous la direction de Jacques RECLUS . Après son décès, en 1882, l'assemblée se rattache à l'Union comme poste d'évangélisation. Ce n'est qu'en 1889 qu'elle est admise comme Eglise majeure dans l'Union qui a ajouté, en 1883, l'adjectif "libre" à son titre pour montrer qu'elle se veut indépendante de l'Etat, bien avant la loi de séparation de 1905.

 


 

1 - Philippe CHAREYRE, La construction d'un État protestant, le Béarn au XVIesiècle, Pau, CEPB, 2010.
2 - Claude BATY, Les Églises évangéliques libres (1849-1999), Valence, Ligue pour la lecture de la Bible, 1999.
3 - Robert DARRIGRAND, l'Église évangélique libre d'Orthez, un siècle d'histoire (1831-1935, Pau, CEPB, 2004.